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Les haies : entre biodiversité et diversification agricole

Soumis le mercredi 2 novembre 2016Réagir à l'article
formation haies

Quatre journées de formation organisées dans le département ont fait la démonstration que le maintien des haies et leur entretien pouvaient être source de diversification économique pour les exploitations agricoles.

Explications données à Neuvéglise et Roffiac pour notre territoire.

Dans le cadre de l’animation des sites Natura 2000 de la Planèze de Saint-Flour, des gorges de la Truyère et de ses affluents rive droite, les communautés de communes des Pays de Saint-Flour Margeride et Pierrefort-Neuvéglise, proposaient des journées techniques dédiées à l’entretien et la valorisation économique des haies de nos territoires. Elles avaient le soutien du Conservatoire d’espaces naturels (CEN) d’Auvergne.

Deux demi-journées  ont eu lieu à Neuvéglise et Roffiac, les 20 et 21 octobre, respectivement sur les exploitations agricoles de Monsieur BOUDOU et de l’EPLEFPA de Saint-Flour. Ouvertes à tous et en particulier aux agriculteurs, elles avaient pour intervenants la Mission haies Auvergne, la Chambre d’Agriculture du Cantal, Bois Energie 15 et la CUMA Déchiqu’bois.

L’objectif était de montrer que l’exploitation des haies à des fins économique est complémentaire avec la préservation de la biodiversité et des fonctionnalités de ces écosystèmes.

Devant 50 participants, Stéphane HÉKIMAN, de la Mission haies Auvergne, a fait remarquer que les haies sont nombreuses dans le Cantal et leur maintien passe par un entretien régulier et une gestion durable. Pour les animateurs des sites Nautra 2000 concernés, la préservation de la biodiversité et les fonctions qu’assurent ces milieux, passe par un maintien sur pieds de ces alignements d’arbres, condition indispensable à une valorisation économique durable et rentable pour une exploitation agricole.

Deux voies principales de valorisation économiques 

Les interventions en salle précédant les démonstrations techniques ont permis aux différents intervenants de présenter deux pistes de débouchés locaux pour le bois issu de ces haies : le bois énergie et la litière.

Bien qu’évidente, cette première voie n’en est pas moins rentable. Effectivement, Annick FABBI, de Bois Energie 15, a rappellé que la première étape de la valorisation des haies concerne l’autoconsommation pour le chauffage individuel, en buches ou en plaquettes après broyage. Avec le développement croissant des réseaux de chaleurs dans le département, il est possible de réfléchir à une valorisation à plus large échelle, avec une filière bois déchiqueté bien structurée et bientôt peut-être un label certifiant la durabilité de l’exploitation de ce bois de haies. Cette orientation est de bon augure pour la planète lorsque l’on sait que le chauffage au bois a un bilan Carbonne neutre. Pour cela la matière première doit être exploitée de manière durable. Un mètre cube apparent plaquette (MAP) permet de se substituer à environ 100 L de fioul tout en étant vendu entre 15 et 17 € (contre environ 1€ le litre de fioul). L’intérêt économique est donc réel pour une diversification agricole.

La deuxième voie n’est pas moins intéressante dans nos zones d’élevage en vue d’augmenter l’autonomie des exploitations agricoles. Pour, Alexia DELTREIL, de la Chambre d’Agriculture du Cantal, la plaquette peut parfaitement se substituer à la paille en litière. Ce procédé est rentable dès que le prix de la paille dépasse les 80 € la tonne, ce qui été régulièrement le cas ces dernières années. En stabulation, sur les aires d’attentes et même autour des râteliers au pâturage, la plaquette est intéressante pour diminuer la dépendance des exploitations agricoles aux imports extérieurs. Le bois ayant aussi la vertu de bien se décomposer voire mieux que certains fumiers.

L’exploitation économique des haies ne s’improvise pas mais ça s’apprend :

Guidés par Stéphane HÉKIMAN, les participants ont pu être initiés à la gestion durable de ces haies. En effet, une haie haute peut fournir jusqu’à 20 MAP au kilomètre. La première règle est la période d’intervention, à l’automne-hiver, hors des périodes de reproduction de la faune sauvage et lorsque les arbres sont dépourvus de feuilles. La deuxième est l’alternance. Toutes les haies d’une exploitation agricole ne doivent pas être exploitées la même année puisque la capacité d’un arbre à renouveler sa structure varie entre 10 et 15 ans selon les conditions pédoclimatiques. La rotation de l’exploitation permet le renouvellement des arbres, tout en préservant les fonctionnalités écologiques du réseau bocager à large échelle (continuité écologique, accueil de la biodiversité, prévention de l’érosion, brise vent …). La troisième règle est l’optimisation de la lumière. La taille doit être suffisamment forte et haute pour permettre un meilleur accès à la lumière et donc une meilleure régénération des arbres. Il faut aussi une stratification intéressante pour la faune sauvage, notamment en préservant les arbres à baies propices à l’alimentation hivernale des oiseaux. La taille en « têtard » est optimale pour la régénération des frênes notamment et l’accueil de la biodiversité dans les cavités créées.

Ces mises en pratique ont également été l’occasion d’aborder la question du matériel adéquat, puisque un tracteur et un broyeur avaient spécialement été mis à disposition pour transformer le bois extrait pour l’occasion.

Quelles perspectives ?

Conscientes des intérêts de la préservation et valorisation du réseau bocager sur leurs territoires, les communautés de communes des Pays de Saint-Flour Margeride et Pierrefort-Neuvéglise, regroupées dès 2017 au sein de la même collectivité, poursuivront leurs actions dans ce sens. Ainsi, des plantations de haies pourront être envisagées dans le cadre du Contrat Territorial des Affluents rive droite de la Truyère Cantalienne, la gestion des sites Natura 2000 ou encore le programme d’intervention agricole et rural. De même, un travail plus approfondi sur le soutien à une filière « bois énergie » pourra être entrepris, dans le cadre de l’animation de la Charte forestière.

Plus de renseignements :

Céline TALON : animatrice des sites Natura de la Truyère et affluents rive droite de la Truyère amont – Communauté de communes du Pays de Pierrefort-Neuvéglise – 06.74.30.21.22

Jean-Baptiste FANJUL : animateur des sites Natura 2000 de la Planèze de Saint-Flour et du programme d’intervention agricole et rural – Communauté de communes du Pays de Saint-Flour Margeride – 04.71.60.71.76

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